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Youssou N'DourYOUSSOU N'DOUR - BIOGRAPHIE

La musique populaire d'aujourd'hui au Sénégal, connu dans la langue Wolof sous le nom du mbalax, est issue de la rencontre de la percussion griotte traditionnelle du pays (qui accompagne le chant d'éloge qui est le propre des griots), avec des structures et saveurs afro-cubaines qui ont fait «le voyage de retour» du Caraïbe en Afrique occidentale dans les années 40, 50 et 60 et ont fleuri en Afrique occidentale depuis. (Les griots - musiciens, chanteurs d'éloge et historiens-conteurs - comprennent une caste héréditaire distincte dans la société Wolof et partout en Afrique occidentale.) A partir du milieu des années 70 le mélange résultant a été modernisé avec un lustre de rythmes de danse indigènes plus complexes, des solos de guitare et de saxophone spacieux et mélodieux, une mise en valeur des claquements loquaces du «tambour parlant» et, de plus en plus, des accents empruntés du chant religieux musulman d'inspiration soufie. Cela a créé une vraie nouvelle musique qui était tour à tour nostalgique, restreinte et majestueuse ou fêtarde, explosivement syncopée et indescriptiblement funky. Des musiciens sénégalais plus jeunes, nourris de Jimi Hendrix, Carlos Santana, James Brown et de toute la gamme du jazz américain, de la soul music et du rock que le capital cosmopolite du Sénégal, Dakar, avaient accueillie avec enthousiasme, redécouvraient leur héritage et recherchaient des interprètes traditionnels, particulièrement des chanteurs et des batteurs du «tambour parlant», pour leurs orchestres. Sortant de cette période de turbulence musicale fructueuse, le mbalax trouverait, en la personne de Youssou N'Dour, celui qui a eu le plus fort impact sur son évolution.

Né à Dakar en 1959, N'Dour est un chanteur doté d'un registre vocal remarquable et d'un merveilleux aplomb sur scène. Également auteur-compositeur, chef d'orchestre et réalisateur de disques, son œuvre témoigne d'une intelligence musicale prodigieuse. The New York Times a le plus récemment décrit la voix de N'Dour comme «un ténor attachant, une arme souple déployée avec une autorité prophétique». N'Dour réunit souplement dans ses chansons toute la diversité de la musique sénégalaise, souvent en passant par un filtrage inattendu de musiques rock et pop par delà les frontières de la tradition sénégalaise.

Sacré «artiste africain du siècle» par la revue anglaise Folk Roots au seuil de l'an 2000, N'Dour a donné au mbalax un renommé dans le monde entier pendant plus de vingt ans d'enregistrement et de tournées avec son orchestre, Le Super Étoile. En 2001 le doyen de la critique rock, Robert Christgau, a carrément appelé N'Dour, dans l'hebdomadaire new-yorkais The Village Voice, «le plus grand chanteur pop du monde» après l'avoir qualifié, huit ans auparavant, de «seul Africain se déplaçant inexorablement vers la fusion world-pop théorisée par tous les autres». Peter Gabriel, dont le duo avec N'Dour sur le titre In Your Eyes (de l'album de Gabriel SO de 1985) a défini un moment vraiment distingué dans l'histoire du rock, a proclamé N'Dour «simplement un des meilleurs chanteurs vivants».

N'Dour a solidifié sa direction du Super Étoile en 1979, ayant conservé le personnel essentiel des incarnations précédentes du groupe, et a ensuite lancé une carrière internationale avec l'aide d'une association fraternelle des chauffeurs de taxi sénégalais en France et un petit cercle d'admirateurs branchés en Angleterre. Les débuts à Dakar avaient été un peu moins propices. Adolescent, N'Dour a dû recourir à des concerts improvisés dans les parkings à l'extérieur de certaines boîtes de nuit de la ville auxquels lui et ses copains n'avaient qu'accès difficile, sa voix distinctive le gagnant finalement une réputation de talent précoce et des opportunités ponctuelles de chanter à la Radio Nationale. Comme à l'âge de douze ans, N'Dour avait aussi participé aux occasions religieuses-cérémoniales dans le quartier dur à cuire de la Médina où il a grandi comme le premier-né d'Elimane N'Dour, mécanicien pieux, et sa femme, N'Deye Sokhna Mboup, elle-même d'origine griotte et interprète occasionnelle dans les cérémonies de quartier.

Aujourd'hui, N'Dour et Le Super Étoile, reconnu comme l'orchestre le plus populaire de l'Afrique à l'échelle mondiale, continuent à jouer la musique «de racines» sénégalaise avec ce que The Los Angeles Times appelle «une précision joyeuse». Répondant au côté introspectif de la carrière d'enregistrement du groupe, qui a inclus de tels albums internationaux que SET (Virgin 1990), EYES OPEN (Sony Music 1992), THE GUIDE (Sony Music 1994) et JOKO (THE LINK) (Nonesuch/Warner Music 2000) aussi bien que la sortie parallèle de maintes productions locales au Sénégal, The Guardian (Londres) a qualifié leur musique de «meilleur exemple de la rencontre de la musique africaine avec la musique occidentale: sain, urgent et pensif».

Malgré sa carrière internationale, Youssou N'Dour reste enraciné dans la musique sénégalaise et ceci demeure le cachet de sa personnalité artistique. En même temps un innovateur osé et le protecteur loyal de l'overgroove non pareil de Dakar, N'Dour réussit à équilibrer un son qui est à la fois sénégalais d'une manière caractéristique et cosmopolite - une synthèse de langages musicaux incontestablement trempée dans l'âme musicale de sa patrie. Sur la base de ce son fortement personnel, N'Dour reste une icône culturelle dans son pays et dans la diaspora sénégalaise mondiale toujours croissante. N'Dour continue à habiter à Dakar, mais à Paris et à New York, une fois chaque année, ses «Grands Bals africains», des soirées dans le style sénégalais, donnent un goût de l'ambiance des boîtes de nuit de Dakar où il a créé, et où il continue à créer, sa légende. Lors de cet événement, les communautés des Africains de Paris et de New York deviennent, pour une nuit, les partenaires et complices de N'Dour, leur verve de célébration y trouvant expression dans un spectacle collectif tout à fait extraordinaire.